
Le phénomène « Bakar »
Un carrefour situé au quartier Carrefour Madrid, non loin du fameux marché Lekbeïd et de l'école Cheikh Saad Bouh, est communément appelé « Carrefour Bakar ». Ce nom, que même le côté officiel a fini par adopter, à l’instar de ceux des rues Bouddah et Messoud, n'est pas celui d'un leader politique, ni d'un célèbre imam, ni même d'un héros de la Résistance. Il s'agit d'une personnalité très particulière. À chaque embouteillage en ce carrefour, même en présence d’agents de police chargés de régler la circulation, on voit le grand gabarit de cet homme, gros gourdin à la main, donner des instructions aux chauffeurs pour passer ou s'arrêter, si nécessaire. Tout véhicule qui n'obéit pas à ses ordres reçoit un coup de gourdin sur la malle arrière. Et c’est ainsi qu’en général, ce pittoresque personnage arrive à débloquer les situations les plus compliquées, taquinant parfois certains conducteurs et en menaçant d’autres, sous l'œil indifférent des policiers.
Plusieurs épiceries du quartier l'ont engagé, la nuit, en tant qu’agent de sécurité. Il passe alors son temps à patrouiller autour des lieux, avant de s’endormir en plein air, à l'entrée de l'une d'elles, gourdin toujours en main... L'école privée El Islah l'avait elle aussi engagé comme vigile, mais il a failli blesser grièvement des élèves retardataires.
Bakar est un ancien policier natif de R’kiz. En 1991, il fut victime d'un traumatisme crânien, suite à un accident de circulation sur l'axe Nouakchott-Akjoujt et souffre, depuis, de problèmes psychiques. Mais sa personnalité violente et sinistre est doublée, affirment certains, d'une autre complètement contradictoire. On le voit parfois bien habillé, assistant aux séances de musique de la diva Garmi. Et l’on affirme également qu'il compose des vers de poésie d'excellente qualité.
Braquage dans une agence de transfert d'argent
Un agent de transfert d'argent a été attaqué, à l'intérieur de l'agence où il travaille, par une bande de trois lascars. Le jeune homme était en compagnie d'un ami quand les trois malfaiteurs, armés de poignards, ont soudain fait irruption dans le local. Il a bien essayé de refermer la grille contenant le coffre, mais l'un des assaillants l'en a empêché. Le brave gardien appelle alors au secours et essaie de résister, mais l'un des malfaiteurs lui assène des coups de couteau à l'épaule et au dos. Son ami tente de prendre la fuite, mais le voilà intercepté et maintenu dans le lieu. Puis, après avoir mis la main sur une importante somme d’argent hors du coffre-fort qu'ils n'ont pas réussi à ouvrir, les trois bandits se sont retirés.
Le jeune employé a été évacué à l'hôpital. Ses blessures ne sont heureusement pas profondes. Il demeure tout de même sous surveillance médicale. La police s'est présentée pour établir le constat et ouvrir une enquête. Aux dernières nouvelles, les coupables courent toujours. Rappelons que ce n'est pas la première fois qu'une agence de transfert d'argent est attaquée. Il y a quelques années, une bande avait kidnappé un responsable d'une telle agence à El Mina pour le blesser grièvement et lui prendre les clés du coffre, avant de séquestrer le pauvre homme, le temps de casser les caméras de surveillance et commettre leur forfait.
La fameuse « Gouerra »
Située à moins de cinq kilomètres de Nouadhibou, la petite cité balistique canarienne est appelée « Gouerra », en espagnol. Elle connut son apogée, au cours de années 60, sur les plans touristique, économique et commercial. Les marchandises espagnoles étaient trafiquées par tous les moyens vers Cansado avant d’être expédiées un peu partout dans Nouadhibou... Cette petite ville constituait une sorte d’Eldorado pour les commerçants et marchands mauritaniens.
Un des facteurs de ce succès était les chèvres canariennes qui y étaient élevées. De petite taille, elles mettaient bas plusieurs chevreaux à la fois et étaient pourvues de grosses mamelles procurant beaucoup de lait. On se mit à les exporter vers les autres régions du pays, car nos chèvres donnaient peu de lait et peu de chevreaux. Ma tante, qui passa un bon bout de temps à Nouadhibou au début des années 60, emmena à Mederdra une de ces chèvres qu'on appelait Gouerra, pour les distinguer de leurs congénères africaines.
J'ai commencé à consommer le lait de notre « Gouerra » quand j’ai eu cinq ans. On me disait qu'elle avait mon âge et cela suscita une affinité entre elle et moi. Avant me coucher, j’allais à sa recherche pour la ramener à l'étable. Si je voyais flâner un de ses chevreaux loin de la maison, j’en faisais aussitôt de même. Ma mère qui l'admirait beaucoup l'avait baptisée « Gourgour ». Elle donnait quotidiennement presque cinq litres de lait.
En 1975, c'est tout un troupeau de chèvres métissées que ma tante distribuait et vendait par-çi, par-là. La doyenne « Gourgour » avait continué à mettre bas trois ou quatre chevreaux tous les six mois. Au cours de ses dernières années de vie, elle n'avait plus qu'une mamelle fonctionnelle, car l'autre, blessée par du fil de fer barbelé, avait fini par ne plus produire. Mais son lait continuait à nourrir les enfants. Elle décéda finalement en 1977, au grand malheur de la famille. Son souvenir reste gravé dans les mémoires des habitants de Mederdra.
Mosy




.gif)








.gif)