3ème mandat : la présidentielle a-t-elle démarré ?

17 June, 2026 - 21:44

La Mauritanie est-elle rattrapée par cette question de 3ème mandat qui hante les présidents africains en fin de mandat ? Après avoir vécu la question d’éventuel successeur pour l’actuel président de la République Mohamed Cheikh Ghazwani, moins de deux ans après sa réélection, voilà que les Mauritaniens renouent avec la problématique du mandat pour le successeur de Mohamed Abdel Aziz dont le second et dernier s’achève en 2029. Depuis quelque temps, ce débat paralyse la classe politique mauritanienne et menace le dialogue national en gestion depuis plus d’une année. Réélu en Juin 2024, le chef de l’État fait face à des appels insistants à la révision constitutionnelle de la part de certains de ses soutiens. Cette offensive des partisans du pouvoir suscite une vive résistance de l'opposition et sème le doute sur l'avenir démocratique du pays.

 

Préserver la stabilité ou forcer la loi ?

Plusieurs élus locaux et cadres de la majorité présidentielle, notamment au sein du parti au pouvoir Insaf, ont introduit la question de la durée des mandats dans l’agenda des discussions politiques. Les arguments mis en avant par les loyalistes reposent sur les arguments suivants : la continuité des chantiers, la préservation de la stabilité, l’option du compromis. Certains membres de ladite majorité suggèrent une prolongation limitée de trois ans, plutôt qu’un nouveau quinquennat complet. Comme on l’imagine bien, cette posture de la majorité suscite la levée de boucliers du côté de l’opposition pour qui ces demandes constituent une « ligne rouge » infranchissable. Ils dénoncent une stratégie orchestrée par l’entourage présidentiel pour tester l'opinion publique. Pour l’opposition, l'article 28 de la Constitution mauritanienne stipule de façon explicite que le Président n’est rééligible « qu'une seule fois ».

Face à cette polémique grandissante, l'attitude du président Ghazouani souffle le chaud et le froid. Le chef de l'État a affirmé publiquement qu'il n'était pas favorable à un troisième mandat et qu'il n'avait donné aucune consigne en ce sens. Il refuse toutefois d’imposer le retrait du sujet des débats, estimant que le dialogue national doit être une « concertation sans tabous » où toutes les opinions puissent s'expriment librement. S’agit-il d’une stratégie pour pousser ses potentiels prétendants à sa succession – Dieu sait qu’ils sont nombreux ! – à ravaler leur ambition ou pour tester leur loyauté ? La question mérite d’être posée. On se rappelle qu’à la fin de son mandat, certains acteurs politiques, dont de très proches et « fidèles », avaient appelé Mohamed Abdel Aziz à briguer un 3ème mandat. Il est resté ambigu jusqu’à ce que les chefs des corps le rappellent à l’ordre. On connaît la suite.

 

DL