Dialogue bloqué : Le temps presse !

30 April, 2026 - 17:55

Alors que le processus de concertation nationale s’enfonce dans l’impasse, tous les regards convergent vers la Présidence. Entre les manœuvres suspectées du ministère de l’Intérieur et une opposition qui resserre les rangs, Mohamed ould Cheikh El Ghazouani se doit de prendre ses responsabilités et trancher pour sauver sa promesse d'apaisement.

Le compteur est bloqué. Depuis que les rouages du dialogue grincent, le Palais présidentiel est devenu l’épicentre de toutes les supputations. La question qui brûle les lèvres de la classe politique est simple : que va faire le président Ghazouani pour relancer la machine qu’il a lui-même mise en branle ? L’élément déclencheur de la crise actuelle est connu : l’intervention du ministre de l’Intérieur. En convoquant précipitamment les partis d'opposition pour les « rassurer » sur la question ultra-sensible des mandats présidentiels — et l’ombre d’un éventuel troisième mandat —, le premier flic du pays aurait-il manqué sa cible ?

Malgré les dénégations officielles affirmant que Mohamed ould Ghazouani respectera la Constitution, l’opposition est restée de marbre. Pour les observateurs, cette tentative de passage en force a eu l’effet inverse de celui escompté : elle a braqué les acteurs politiques qui refusent de « croire sur parole » un interlocuteur dont les rapports avec l’opposition sont déjà grevés par la gestion rigide des agréments de partis.

Face à ce que certains qualifient de « tentative de reprise en main », l’opposition a opéré une mue spectaculaire.

Autrefois fragmentée en pôles disparates, elle parle désormais d’une seule voix ou presque. Son message est sans équivoque : le seul et unique interlocuteur légitime reste le coordinateur national désigné par le chef de l’État. « Le ministre de l’Intérieur a d’autres priorités, notamment l’insécurité urbaine galopante et le dossier de l’état-civil », a martelé Tall Cheikh Oumar, porte-parole du pôle de l’opposition. En déclinant toute discussion avec le ministère, celle-là renvoie la balle dans le camp présidentiel. Elle exige de la cohérence : si le dialogue est une initiative personnelle de Ghazouani, c’est à lui de discipliner ses troupes et de protéger son coordinateur, dont le profil faisait pourtant consensus.

Le risque pour le pouvoir est double. D'une part, l'effritement de la crédibilité de la démarche entamée en 2019. Si les « faucons » de la majorité continuent de polluer le processus avec des questions crispantes, c'est la sincérité même du Président qui sera remise en cause. D'autre part, l'opposition menace de sortir de sa torpeur. Revigorée par cette unité de circonstance, elle envisage déjà de porter le débat dans la rue, surfant sur le mécontentement social lié à la vie chère et à l’insécurité.

Le temps presse. Dans un contexte sous-régional marqué par l’incertitude, la Mauritanie a besoin de stabilité. Le parachèvement du dialogue est la condition sine qua non pour aborder sereinement les prochaines échéances électorales (municipales, législatives et régionales). Des élections qui pourraient, selon certains schémas, être anticipées pour sceller le consensus national. La balle est au centre. Pour Mohamed ould Cheikh El Ghazouani, agir vite n'est plus une option : c'est un impératif politique de sa décennie.

 

Dalay Lam