La couleur de l’argent est-elle bleue ?

18 February, 2026 - 23:46

Dans le cadre du partenariat de pêche entre la République Islamique de Mauritanie et l’Union Européenne, et grâce à un appui budgétaire, le Parc National du Banc d’Arguin (PNBA), a fêté, début Février, ses cinquante ans d’existence. Y avez-vous été convié(e) ? J’en doute, car les invités semblent avoir été triés sur le volet. Preuve en fut devant la porte d’un hôtel 4 étoiles de la capitale où plusieurs véhicules attendaient que les visiteurs, venus pour la plupart d’Europe, du Maroc, de Tunisie et de la lune, aient terminé leur petit déjeuner. Il fallait leur prouver que la Mauritanie n’est pas un pays dangereux, habité de bandits et de terroristes. Et cela fut réussi. De Nouakchott à Chami, la cohorte de pick-ups chargés de sacs et de valises s’étira en respectant les limites de vitesse et les besoins urgents. Après une courte halte dans la ville des chercheurs d’or – remplissage des réservoirs de gasoil oblige –, les véhicules se lâchèrent et, plein gaz, attaquèrent le désert.

Sur une plage d’Arkeïss, à distance du village, un campement de luxe les attendait pour une première nuit, non pas sous les étoiles, mais à l’abri de tentes où rien ne manquait : tapis, lits sur pieds, matelas, draps ; couvertures, claquettes de plastique, lampe solaire, papier toilette, poubelle. Tout était prévu pour celles et ceux qui allaient marcher, pendant une semaine, jusqu’au village de Nouamghar, effleurant des pieds les dépôts de mer plastifiés ; des yeux, le jaune du désert ; du cœur, la poussière et l’illusion de la vie. Qu’importe, puisqu’à mi-chemin entre chaque étape, une khaïma les attendrait, où ils pourraient se rassasier et se reposer, alors que, des WC et douches en céramique ou matériel nécessaire à la cuisine, à la nourriture et à tout ce qu’il faut pour le bien-être d’une bande d’amis comptant plus de cent personnes, le camp du matin était démonté et transporté ! Et cela durerait huit jours, pendant lesquels l’équipe de logistique, loin de toute paresse, travaillerait sans relâche, purs de cœur et d’âme.

Chacun allait affronter le vent, le soleil, la poussière, je jour et la nuit, sans se soucier des déchets de l’Humanité, ou à peine, juste à peine pour ne pas ressentir le besoin de s’arrêter, de se transformer en statue de sel, ignorant, le temps d’une marche bleue, la misère du monde, la fracture, la lente décomposition, se taisant peut-être parce que les choses en ce pays ne se produisent qu’en silence, parce que le vent emporte tout, le bruit des moteurs, les éclats de plastique, les écrans de téléphone, le vol des drones, les paroles du matin que le soir efface, et quoi encore, oui, quoi encore, la couleur bleue de l’argent, cet argent tombé du ciel on ne sait pas comment.

Étrange expédition sous les yeux des oiseaux, sous les pneus des autos, sous les pieds de ces hommes et de ces femmes qui, de retour chez eux, se souviendront que ce pays n’est pas vraiment comme on le leur a décrit. Peut-être était-ce le signe d’une dystopie…

 

Ben Abdalla